Impromptus littéraires: Parti tôt, pris mon chien

Cette semaine, j'avais le goût d'écrire un monologue intérieur, un peu comme celui que j'ai écrit pour la semaine de la santé mentale. Le thème des Impromptus de cette semaine, il s'agit d'insérer ce petit texte qui est le titre d'un roman de Kate Atkinson «Parti tôt, pris mon chien». Pas facile d'être clair en n'écrivant que des pensées.

Assise sur le perron, j’introduis délicatement mes doigts dans la douce fourrure de mon compagnon à quatre pattes et je lui masse la peau. Il est couché près de moi, les yeux clos. On pourrait presque croire qu’il sourit. Il semble heureux. Je ferme les yeux aussi.

Enfin à la maison. Je suis crevée. Parfois, je me demande bien pourquoi j’ai choisi ce boulot. «Deviens médecin, tu te sentiras utile et tu connaîtras la chance que tu as.» qu’il me disait sagement mon père, lorsque je vivais mes crises existentielles. Quelle idée! Après une journée comme celle que je viens de vivre aux urgences, je me sens utile, oui mais, je me sens aussi comme une véritable loque!  Une chance que j’ai choisi, ce matin, le jeune gamin brûlé plutôt que l’accidenté de la route. Il ne s’en est pas sorti et je n’avais aucune envie d’annoncer une triste nouvelle à sa famille. Et ce gamin brûlé si stupidement. Pourquoi les gens mettent-ils des nappes sur leur table lorsqu’ils ont de jeunes enfants? Franchement, c’est sûr qu’ils vont tirer dessus!

Tiens, quel beau silence. Mais où sont-ils passés? Une bonne tisane ça me ferait le plus grand bien. Visiblement, ils ne sont pas là. Mais qu’est-ce que c’est ça? «Parti tôt, pris mon chien.» C’est tout à fait lui! Quelle calligraphie horrible, il a bien fait de devenir médecin! Bon, pédiatre, c’est une tout autre catégorie!

Lui et son chien… moi et mon chat. Quel beau couple nous formons! Mais quelle heure est-il? Déjà une heure dix. Bravo, je viens de faire le tour du cadran! Je dois m’étendre absolument, il arrivera sûrement bientôt. Ouf! Bed sweet bed!

Oh non, un message sur le répondeur! Hors de question que je me lève, là tout de suite. Je devrais… ça ne me tente pas. Et c’est quoi ce bruit? Aaah mais ne reste pas là, monte sur le lit! «―Up!» Viens ronronner plus près de moi. On va faire un roupillon ensemble, juste toi et moi, comme autrefois. Enfin, je peux dormir… Pourquoi Vincent n’est-il pas encore rentré? Où pouvait-il bien être allé pour être parti si longtemps? C’était bien sa journée de congé et il savait que je finissais tôt. M’a-t-il quitté? Non, pourquoi l’aurait-il fait? L’ont-ils appelé à l’ouvrage? Non, pourquoi aurait-il apporté son chien… Bien étrange ce départ hâtif… et ce retour… tardif… quelle fatigue… il faut… que je… dorme…

Quoi? C’est quoi ce tapage? Les voisins? On se calme les voisins s’il vous plaît! Ah non, c’est la porte. Pas si fort, j’arrive. Je suis toute étourdie… allé Julia, lève-toi et marche. De quoi ai-je l’air? Deux heures sept, il n’est toujours pas là! Qui peut bien frapper à cette heure de l’après-midi? Des écoliers? Trop tôt. Des témoins de Jéhovah? Trop tard. Vincent, aurait-il oublié ses clés comme à son habitude, pourtant le double est dans la boîte aux lettres.

Enfin… la poignée de porte, une chance qu’elle existe, de quoi me poser dessus! Bon, maintenant voyons voir qui frappe à ma porte. Des policiers… avec un chien! Mais c’est SON chien. Le chien de Vincent! Non… dites-moi que ce n’est pas ce que je pense!

― Mon cher Vincent, maintenant, ton chien, c’est mon chien.

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