Quand les mères au foyer seront reconnues comme des éducatrices?

Voilà un sujet qui fait friser les oreiller des uns et qui fait grimper aux rideaux les autres. Qui pour, qui contre. Mais la question n’est pas de savoir qui a raison, la question est plutôt, a-t-on réellement pris le temps de réfléchir concrètement à cette question?

Je parle par expérience puisque j’ai été maman à la maison pendant près de cinq ans et je dois maintenant retourner à temps plein sur le marché du travail. Certains disent que j’ai eu de la chance de pouvoir offrir à mes enfants ma présence, mon affection et mes connaissances durant cette période de la petite-enfance. Toutefois plusieurs ignorent que d’être mère à la maison n’est pas aujourd’hui un choix facile à vivre, surtout d’un point de vue monétaire.

Un seul revenu familial… qui plus est dans la catégorie de la classe moyenne, ne suffit pas pour subvenir aux besoins même essentiels d’une famille de quatre personnes. En fait, il suffirait peut-être mais dans des conditions qui sont bien en dessous du mode de vie qui permet de suivre la cadence de notre société moderne.

Bref, je vous partage un article que j’ai écrit sur Facebook, alors que mon blogue me causait quelques problèmes.

Trouve tellement dommage que dans notre société on n’offre rien aux femmes qui restent à la maison pour faire l’éducation de leurs jeunes enfants. Les éducatrices en CPE non-formée gagnent environ 28 000$, celles-qui ont eu une formation près de 32 000$.

Les salaires d’une éducatrice se trouvent généralement entre 12$ et 16$ l’heure. Une maman à la maison… en excluant les prestations pour enfant qui ne sont que des poussières, obtient un beau gros 0$.

Je trouve ça inacceptable. J’ai pris soin de mes enfants pendant près de 5 ans pour ma plus vieille et 2 et demi pour ma plus jeune. Socialement, je me suis occupée de deux enfants… et pourtant on s’en fout! J’ai pris le temps de les éduquer, de les éveiller intellectuellement, de les préparer à rentrer à la maternelle, de les aimer de tout mon coeur et de faire en sorte qu’elles ne vivent pas de stress du style on se lève tôt pour aller se faire garder. Mais ça, ça ne compte pas! Pour faire travailler les autres individus en plaçant les enfants à la garderie, ça pas de problème, le gouvernement payait en 2009, 40$ par enfant dans les garderies subventionnées et 55$ pour le CPE.

Ça m’enrage que notre société ne considère pas les efforts et sacrifices qu’une mère à la maison peut faire. Ce n’est pas toujours facile d’être à la maison avec des enfants, même des éducatrices le disent qu’à la fin de la journée elles sont épuisées et ont hâte que leurs petits mousses partent. Moi c’est du 24 heures sur 24 que je vis avec mes filles. Et je n’ai aucune reconnaissance, la seule chose qu’on sait me dire c’est que mes filles ont été chanceuses que je sois restée au près d’elles. Que j’ai pu le faire, mais on ignonre peut-être que ce n’est pas sans sacrifice car nous nous sommes endettés comme famille pour avoir fait ce choix.

Et maintenant ma famille en est rendue où? Je dois retourner travailler car nous avons épuisé nos ressources pour offrir à nos enfants au moins ma présence à la maison durant la petite-enfance. Si seulement les mères au foyer pouvaient avoir un minimum de reconnaissance pour le travail qu’elles effectuent, ça me semble la moindre des choses. Enfin, on offre de l’argent à des gens qui ne travaillent pas du tout, mais on se fout pas mal des personnes qui prennent soin des petits, futurs contribuables de cette société. Cherchez l’erreur!

Au nom de l’émancipation de la femme, il s’est créé, à mon avis, un fausse libération qui est devenue pour plusieurs une contrainte inévitable. Doit-on crier victoire lorsque nous vivons dans une société qui d’une certaine façon impose aux femmes l’obligation de travailler pour gagner leur vie? Et en sachant que le coût de la vie ne s’est pas ajusté aux salaires qui sont significativement bas même pour la classe moyenne et que souvent les deux parents sont obligés de travailler pour joindre les deux bouts sans pour autant s’offrir aucun luxe, il n’y a pas de quoi être fier.

Pour en revenir aux mères qui décident de rester à la maison pour éduquer et préparer leurs enfants à s’ouvrir et à découvrir le monde, pourquoi n’auraient-elles pas les mêmes moyens monétaires qu’une femme qui décide de garder les enfants des autres?

Pourquoi l’argent du gouvernement qui est offert aux garderies afin de diminuer les coûts pour les parents qui décident d’aller travailler, ne serait pas distribuer à toutes éducatrices confondues? Pourquoi une mère à la maison doit payer les frais de sa décision d’éduquer ses enfants en comptant uniquement sur le revenu de son époux ou son conjoint de fait?

Pourquoi entretenir cette façon de faire en laissant une mère au foyer être dépendante du revenu de son partenaire au lieu de participer à un projet commun de société?

Tout le monde paie afin que les garderies soient moins dispendieuses (7$), tout le monde même ceux qui n’ont pas d’enfant! Pourquoi parle-t-on d’un fardeau en plus pour les contribuables si on s’arrangeait pour redistribuer l’argent amassée pour la garde des enfants à toute personne qui rempli cette fonction?

Pourquoi si je place mon enfant en CPE le gouvernement offre 55$ à la garderie et si l’enfant est gardé à la maison, il ne vaut plus rien. On fait beaucoup de supposition, on a encore beaucoup de préjugé face au choix d’une mère de vouloir rester près de ses enfants pour leur transmettre les valeurs familiales et leur offrir une éducation familiale. C’est malheureux.

Aujourd’hui, alors que des discussions ont été et sont encore abordées sur le revenu citoyen, alors que des pays ont mis en place cette dernière pratique, alors que l’on n’a pas d’objection à offrir un revenu aux personnes sur le bien-être social, comment se fait-il que la question d’offrir un revenu de base pour une mère à la maison soit une idée si horripilante?

Certaines gens s’inquiètent sur le fait que toutes les mères ne sont pas de bonnes mères. Les mères en profiteraient pour rester à la maison si elles étaient payé. Vraiment? Mmmh j’en connais une couple qui prendraient leurs jambes à leur cou à l’idée de rester cloîtrée toute la journée dans une maison avec des enfants! Peut-être qu’il y aurait des abus, mais où n’y en a-t-il pas? Cependant pour un montant d’argent qui n’est qu’une source de revenu d’appoint, ça m’étonnerait vraiment que certaines femmes décident de rester à la maison si elles n’ont pas l’intérêt de veiller à l’éducation de leurs enfants. À chacun ses choix, mais en société pourquoi dénigrer le choix de vouloir éduquer soi-même ses enfants sans aucune compensation? Les femmes qui font ce choix très souvent ont travaillé pendant de nombreuses années sur le marché du travail et parce qu’elles interrompent temporairement leur carrière, elles sont littéralement écartées du système.

Je vis dans un arrondissement de Montréal qui est considéré plutôt comme un quartier défavorisé et pourtant toutes les mères que j’ai rencontré qui habitent dans le secteur sont scolarisées et ont travaillé plusieurs années dans leur domaine d’expertise (enseignante, comptable, hygiéniste dentaire, etc) avant de décider de demeurer à la maison avec leurs jeunes enfants. Ce sont ces mêmes femmes qui ont travaillé par le passé et qui ont payé durant leur vie les frais afin que d’autres femmes puissent retourner sur le marché du travail et placer leurs enfants à la garderie. Pourquoi n’auraient-elles pas droit de profiter de cet argent différemment en restant auprès de leur enfant plutôt qu’en les laissant dans les bras de quelqu’un d’autre?

Je ne conçois pas que l’on entretienne ainsi cette mentalité rétrograde à l’égard des mères au foyer en supposant qu’elles ne font pas partie de la société et qu’elles ne méritent aucunement l’attention de tous les citoyens. Je trouve ça désolant d’alimenter cette idée que c’est le devoir d’une mère que de rester à la maison pour éduquer ses enfants, en se disant qu’il n’y a pas de raison de subvenir à ses besoins socialement, son époux est là pour ça? Donc, si je comprends bien toutes les mères qui placent leur enfant en garderie manquent à leur devoir parental et c’est la société qui prend en charge cette responsabilité??? N’est-ce pas absurde comme réflexion l’une a fait le choix de ses responsabilités face à ses enfants et elle est mise à l’écart, l’autre préfère que la société veille aux bons soins de ses enfants et elle est soutenue (parce qu’elle devient une belle source direct de revenu pour le gouvernement).

Enfin, le sujet est vaste, les questions pour mieux cerner le problème de cette indifférence sociale à l’égard des femmes qui décident d’élever leurs enfants sont nombreuses et complexes. Mais il faut que le débat continue, tout comme d’ailleurs aussi pour le revenu citoyen.

Aujourd’hui, nous ne vivons plus en travaillant, nous travaillons pour vivre. Quand viendra le temps où l’on se posera de vrai question, du style «j’ai trois voitures, ouin pis?» «J’ai une maison, un chalet, un terrain, un paquebot, une île, ouin pis?» Sommes-nous vraiment identifié uniquement par tout ce que nous possédons? Ne pourrions-nous pas subvenir aux besoins de tous en diminuant un peu notre obsession de possession de biens matériels?

On ne s’offusque pas beaucoup que les banques font des milliards grâce aux intérêts qu’elles récupèrent sur notre argent durement gagné. Mais on s’offusque qu’une mère puisse oser demander un petit peu d’argent pour continuer à offrir une éducation de base à ses enfants.

On devrait peut-être se poser de sérieuses questions sur notre façon de percevoir ce qui se passe dans nos sociétés modernes. J’ai hâte que les déclic se fasse collectivement et qu’on se demande à quoi bon tous ces biens qui nous entourent lorsque d’autres ne possèdent même pas l’essentiel pour survivre. Venir en aide aux prochains est-ce si compliqué?

Je crois que les gens dans le besoin ne demandent pas la charité, juste de pouvoir participer à un projet commun et faire partie intégrante de la société.

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One Comment

  1. En France, cette idée de « salaire parental » a été soutenu par l’extrème droite ; bizarrement il n’y a qu’eux qu’y s’y intéressent. Il existe chez nous une « allocation parent isolé » pour les femmes sans emplois et quelques aides supplémentaires si cet enfant est handicapé. Mais la contrepartie est une mainmise d’une administration tatillonne qu’on peut ressentir comme une espèce de « politburo » dont les effets pervers peuvent être une confiscation de la liberté de vivre comme on veut. Les perversités de l’administration je les ai vues à l’oeuvre en matière sociale, ce n’est pas toujours très gai.
    Quand au salaire parental proprement dit, je le verrai plutôt comme un « minimum garanti » inspiré de l’utopique « revenu de vie » prôné par certains (des distributistes proche des anars à 1 certaine droite) mais modulable en fonction des ressources du foyer. Pourquoi en effet verser des subside à quelqu’un possédant deux 4×4 et 1 résidence secondaire avec piscine ?
    Par contre je souscrit à l’idée d’un statut du parent au foyer. Il existe chez nous des dispositions qui vont dans ce sens mais pas assez dévelloppées et non généralisées. Par ailleurs, il y a quelques années, une femme ayant élevé plusieurs enfants pouvait, dans un cadre de limite d’êge et sous réserve de souscrire à un examen, prétendre à des postes d’assistante dans des crèches ou des maternelles sans conditions de diplômes. Ce qui est une certaine reconnaissance de statut, mais rétroactif. L’idée est donc à creuser mais pas aussi brute qu’elle est développée ici et mériterait toute un panel d’articulations.

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