Criminellement non-responsable:
un verdict qui fait mal!

Ces temps-ci le verdict de Turcotte est le sujet de l’heure. Monsieur et Madame Tout le Monde s’expriment à plusieurs niveaux. Dans le médias, à la maison, au travail et dans la rue. Sur Twitter, des flots de mots défilent sous le mot-clics #turcotte. Également, de nombreux billets ont été écrits sur la blogosphère québécoise concernant ce sujet qui, de toute évidence, ne laisse pas la population indifférente.

Je vais tenter d’expliquer quelques-uns de mes points de vu à ce sujet le plus brièvement possible. J’ai le goût personnellement de clore le sujet dans mon esprit et de passer à autre chose, comme le fera bientôt d’ailleurs toute notre belle et grande société actuellement quelque peu bouleversée.

La population ébranlée

Sur le Web on reproche à la population de réagir trop vivement à ce verdict de non-responsabilité criminelle qui a été attribué à un homme ayant poignardé ses deux enfants dans un moment où, notre système de droit juge, que l’homme souffrait de troubles mentaux. Marie-Claude Lortie, journaliste à La Presse, nous écrit Turcotte et vous en se demandant si les gens ne devraient pas plutôt prendre le temps de réfléchir et de montrer plus de tempérance à l’égard de ce verdict.

Il est très étrange que l’on ne puisse pas comprendre voire accepter que la population réagisse aussi fortement à la tombée du verdict. On demande à Monsieur et Madame Tout le Monde de faire preuve de sagesse et de calme face à cette situation alors que notre merveilleux système judiciaire vient de nous mettre sous le nez un verdict qui nous explique, que si l’on réagit mal et impulsivement parce que l’on souffre d’une certaine manière de troubles mentaux, on ne sera pas responsables de nos faits et gestes, en tous les cas pas d’un point de vu criminel.

«Or, c’est la notion médicale qui est communément comprise. En droit, c’est l’article 16 du Code criminel qui dicte ce qu’est un trouble mental. Le fait d’être dans un état psychique tel qu’on ne comprend pas la nature des gestes qu’on pose ou qu’on ne dissocie plus le bien du mal est un trouble mental… en droit.»

– Fannie Lafontaine, professeure de droit pénal à l’Université Laval – Source Cyberpresse

Voilà la preuve, quant à moi, que le système de justice est rédigé par des intellectuels qui déplacent les points et les virgules et qui s’inventent de nouvelles définitions afin de contourner en bonne et due forme leurs propres règles juridiques. Mais passons, j’en aurais trop long à dire à ce sujet!

Moi j’écris… Laissez donc la population se défouler verbalement, laissez donc la soupape s’ouvrir afin que les gens puissent se libérer de toutes les pensées qui les perturbent à ce sujet. Quel mal font-ils? Pourquoi devrait-on leur demander de faire preuve d’une plus grande stabilité mentale que l’accusé et d’une objectivité à toute épreuve? Pourquoi ne peuvent-ils pas tout simplement s’exprimer? La population ne commet aucun crime en exposant sa façon de penser.

Je ne comprends pas cette manière de reprocher à une population son mécontentement face à une situation, et les tenir responsable d’un comportement démesuré et indigne. C’est le monde à l’envers, saperlipopette! Un conseil: taisez-vous, ne critiquez pas, mais si vous vous sentez dans un moment de grand désarroi, confus et perdu, et qu’il vous vient à l’esprit de tuer votre prochain, n’ayez crainte on ne vous en tiendra pas responsable!

Je crois personnellement, que la population a le droit d’être en colère, à le droit d’être triste et à le droit de montrer sa déception. Il n’y a rien de mal à partager ses idées et à s’interroger sur la raison d’être des procédures pénales existantes dans notre société.

La vengeance

Maintenant, à ceux qui disent que la population veut sa vengeance, mettons les choses au clair. Envoyer un homme en prison, se faire traiter aux petits soins, mettre en oeuvre tout un système pouvant offrir à un accusé sa réhabilitation et faire en sorte qu’il ait une réinsertion sociale digne de ce nom, entre vous et moi, ce n’est pas vraiment ce que j’appelle une vengeance.

La vengeance fait mal.

La vengeance est de faire souffrir sur une période de temps plus ou moins longue, d’utiliser des moyens physiques et mentaux pour que la personne soit torturée, pour que celle-ci subisse ce qu’elle a fait subir. C’est ça la vengeance. Alors n’attribuons pas de grands mots à tord et à travers. La population veut que la justice applique une peine sachant très bien qu’elle offrira la possibilité au coupable d’avoir une deuxième chance dans la société.

Alors cessons de dire que la population à soif de vengeance, voulez-vous?

L’homme et son péché

Lorsque je lis et j’entends des commentaires de personnes disant que cet homme devra vivre le restant de ses jours avec ce qu’il a fait à ses enfants sur la conscience, il s’agit là vraiment, d’un résidu comportemental transmis par la religion chrétienne. Malgré nos sociétés modernes, voulant être laïques, on se retrouve à adopter des comportements typiques, liés au péché et au pardon. L’homme a commis une faute, il devra en porte le fardeau. Et cela suffit réellement?

Mais l’incohérence des individus se trouve là où ils prétendent que la vengeance ne mène à rien, mais que l’homme sera bien puni en ayant à vivre avec les crimes qu’il a commis, et cela même s’il n’est pas tenu pour responsable légalement. Voulons-nous ou ne voulons-nous pas que cet homme soit puni? Puni, mais non pas grâce à notre justice… puni comment alors? moralement? spirituellement?

Je trouve que les gens qui mentionnent cet argument, s’auto-rassurent en croyant qu’une justice naturelle se fera d’elle-même. Cependant la justice n’existe pas en soi, c’est un concept inventé par l’Homme. Et puis spéculer en disant que l’homme aura des remords durant toute sa vie, c’est ultimement une manière comme une autre de souhaiter punir la personne. On aura juste l’impression que la punition est plus douce à nos yeux et ainsi on se sent moins coupable de condamner une personne à ses propres remords. Toutefois qu’est-ce qui nous confirme que l’homme aura des remords et qu’il aura peine à vivre… rien!

Le crime

Je crois que toute personnes qui tue une autre personne à moins que ce ne soit pour se défendre et survivre, forcément le tueur n’est pas en parfaite santé mentale. Être conscient ou non de ce que l’on fait, l’admettre ou pas de l’avoir fait, ne change en rien le résultat final. Une personne qui avoue prendre plaisir à tuer ou qui accepte d’avoir commis un meurtre avec un motif quelconque n’est pas pour moi une personne plus saine d’esprit que celui qui prétend l’avoir fait sans trop savoir pourquoi.

Il n’y a aucune bonne raison pouvant justifier ou atténuer l’ampleur d’un crime surtout lorsqu’il est réalisé aussi sauvagement. Aliénation mentale ou pas, l’homme a su choisir la manière de tuer ses enfants et de tenter de s’enlever la vie. Ce n’est pas une mort disons «douce» que cet homme a infligé à ses deux enfants. Il a fallu qu’il lève le bras muni d’un couteau, 27 fois pour tuer son fils et 19 fois pour tuer sa fille. Mais il n’a pas su faire sur lui le fameux hara-kiri? Il n’a pas su non plus se couper les bonnes veines, lui qui est cardiologue? Il a usé d’une telle brutalité à l’égard de ses enfants mais face à lui-même, un simple empoisonnement qui n’a, en plus, pas fonctionné?

Permettez-moi d’être sidérée du verdict… Permettez-moi de douter de sa véritable maladie mentale passagère!

Avoir été membre du jury, désolée mais l’option de «non-responsabilité criminelle» aurait été écartée de ma part, objectivement et subjectivement. Je le rappelle les lois sont écrites par les Hommes et ce n’est pas parce qu’elles sont écrites dans des livres qu’elles sont inévitablement infaillibles et justes. La justice est au service de ceux qui la pratiquent… ne l’oublions pas!

Finalement, pour ma part, je réalise que c’est avec ce concept de justice que l’Homme en voulant sauver tous les Hommes se mène seul à son auto-destruction… Il n’a toujours pas compris que l’on ne peut pas sauver celui qui ne veut se sauver lui-même. On défend donc des criminels dans l’espoir que ceux-ci ne soient pas si mauvais que ça, qu’ils puissent changer et s’améliorer, qu’ils puissent être soignés… et grâce aux criminels bon nombre de personnes ont un emploi. Il faut donc les remercier d’exister! Et pour ce qui est des victimes, elles auront été à la fois les appâts et les proies permettant que tout ce beau système judiciaire ainsi que tous ces intervenants aient une raison d’exister.

Autres liens pertinents:

Après le verdict de non-responsabilité criminelle… sur le Blogue de Mario Asselin

Quand comprendre est difficile, voire impossible sur le blogue de Marie-José

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2 Comments

  1. Merci Mme Fodale, vous avez exprimé tout mon malaise au sujet de cette tristement célèbre affaire.

  2. Quel beau billet clair et bien écrit dont je partage les conclusions. Je fais partie des indignées à la suite de ce verdict. La Défense a fait un excellent travail, la Couronne en a moins mis et a perdu la cause. Quatre jours de plaidoiries pour l'avocat de la défense, deux experts. Un seul expert (qui a en plus basé son rapport sur celui d'un des experts de la défense! et a été à juste titre attaqué pour cette paresse) et un maigre deux heures de plaidoiries pour la Couronne.
    Pour ce qui est des remords que cet homme va vivre pour le reste de sa vie, merci de souligner que ce ne sera peut-être pas le cas. Dans une lettre à son ex-conjointe écrite de l'hôpital Pinel peu de temps après les meurtres (lettre que le juge a refusé de faire voir aux jurés parce que risquant trop de les influencer) le monsieur réclame ses biens, se plaint du prix trop bas demandé pour la vente de la  maison et précise qu'il veut ses Harry Potter, il a les deux premiers mais pas le reste de la série (la lettre a été publiée dans son intégralité dans le Journal de Montréal après le verdict). Aucune mention des enfants. Pas trop les écrits d'un homme tourmenté par la culpabilté.
    Il devrait se faire justice lui-même le monsieur en se regardant dans le miroir? Comme ça, on s'en lave les mains et on ne condamne personne. Ridicule!

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